Petit patrimoine / Couches à tabac - Bohan
Description :
Les couches sont des espaces de terrain délimités par un encadrement en bois ou en maçonnerie. Elles servent pour la germination des graines de tabac. Elles permettent de séparer le terreau des semis et la terre du champ. Elles sont recouvertes de châssis vitrés pour les protéger du froid. Une couche mesure environ 115cm de large avec des bords montant jusque 25cm; la longueur est variable et peut atteindre 20 mètres.
Les graines de tabac sont mélangées avec un peu de terreau et sont mises à germer pendant quelques jours, dans un endroit chaud et humide. Un dé à coudre suffira pour couvrir 4 mètres carrés de couche. Le terreau de couche est soigneusement désinfecté et stérilisé sur des tôles chauffées à feu vif. Les graines sont alors semées en couche aux environs du 19 mars.
Vers la mi-mai, les petits plants, hauts d'une dizaine de centimètres et forts de 6 à 8 feuilles, sont repiqués dans le champ qui a été soigneusement préparé : fumé, labouré et hersé. Le champ est quadrillé au moyen d'un grand râteau en bois et un pant est repiqué à chaque intersection des sillons. En Semois, la densité à l'hectare est de 26.000 à 27.000 plants.
Environnement :
Sortie du village rue de France ou Mont-les-Champs près du Pont cassé (49.868118, 4.887377)
Etat de conservation :
Bon
Historique :
Le tabac est cultivé dans la vallée de la Semois dès le 16e siècle, peut-être même avant. Les paysans cultivent juste les plants nécessaires à leur consommation personnelle. Au départ, les plants sont utilisés comme plantes décoratives dans les jardins ou en façade. Ensuite, on leur découvre des vertus médicinales. Finalement, le tabac sera chiqué et fumé.
Les agriculteurs se rendent compte de la valeur marchande du tabac, plante qui ne figure pas sur la liste des cultures donnant lieu au droit de terrage. Cela ne dure pas. En 1748, une redevance d’un douzième est due au seigneur pour tous les produits de culture ; la culture du tabac, au-delà de la consommation personnelle, n’a plus d’intérêt et est abandonnée.
Quelques années plus tard, la Révolution française fait disparaître toute trace des anciens seigneurs. La région est intégrée à la Belgique en 1830. Peu après 1850, un instituteur de Mouzaive, Joseph Pierret, réintroduit cette culture à Alle-sur-Semois. Il plante, à titre expérimental, un are de tabac. La récolte dépasse ses prévisions les plus optimistes : le tabac est d’un rendement exceptionnel et de grande qualité.
Joseph Pierret s’aperçoit que le tabac montre une préférence marquée à revenir toujours sur le même sol, qu’il ne s’en portait que mieux, et ce, sans pratiquer la rotation des cultures. Le tabac aime un sol alluvionnaire, légèrement acide : les terrains schisteux lui conviennent parfaitement.
En 1880, à Alle-sur-Semois, seuls 81 ares étaient plantés de tabac. Mais dès 1885, le tabac envahit la vallée de la Semois. En 1905, on dénombre 280 hectares soit 7 millions de plants de tabac ; en 1910, plus de 400 hectares soit 10 millions.
Cette région est, depuis toujours, peu prospère à cause de son sol pauvre. La culture du tabac est rentable et permet à chacun de vivre décemment. Elle remplace progressivement les métiers d’ardoisier et de cloutier, fréquents dans la région.
Le tabac de la Semois avait un parfum inégalé : c’est la région qui donne l’arôme. La profonde vallée le met à l’abri des violentes variations atmosphériques : la température du fond de vallée reste appréciable et l’humidité est importante. Les alluvions apportées par la rivière et le schiste finement délité, perméable et aéré, forment le sol idéal pour le tabac. Il est considéré comme le plus aromatique du pays, mais aussi le moins nicotineux.
Plusieurs facteurs causent progressivement le déclin du tabac dans la vallée de la Semois : - apparition du mildiou, champignon parasite, qui ravage tous les plants de cette monoculture - peu de rentabilité pour la culture du tabac - politique fiscale taxant le tabac au plant, ce qui amène les agriculteurs à choisir des variétés plus productives mais qui perdent en qualité d’arôme - arrivée massive du tabac de Virginie (Etats-Unis) aux nombreuses qualités : plus doux, plus léger, aromatisé et moins cher - consommation plus importante de la cigarette que du tabac pour pipe.
En 2011, on recense encore trois fabricants à Corbion et à Bohan. Les dernières plantations sont situées à Bohan et à Frahan.
