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Le Tabac de la Semois

Le tabac appartient à la famille des Solanacées comme la tomate, la pomme de terre, l’aubergine et le poivron. Il est originaire des contrées chaudes de l’Amérique du Sud où il croît à l’état sauvage. Il s’agit d’une espèce herbacée dont il existe maintenant plus de cinquante variétés.

La Nicotiana tabacum, plante cultivée pour ses feuilles et fumée par les Indiens d’Amérique, est en quelque sorte le résultat d’une sélection. Ils choisissaient déjà les meilleures graines qui, en poussant, devenaient des plantes de taille importante.

1. Introduction du tabac dans la vallée de la Semois

Le tabac est cultivé dans la vallée de la Semois dès le 16e siècle, peut-être même avant. Les paysans cultivent juste les plants nécessaires à leur consommation personnelle. Au départ, les plants sont utilisés comme plantes décoratives dans les jardins ou en façade. Ensuite, on leur découvre des vertus médicinales. Finalement, le tabac sera chiqué et fumé.

Les agriculteurs se rendent compte de la valeur marchande du tabac, plante qui ne figure pas sur la liste des cultures donnant lieu au droit de terrage. Pour échapper à cette taxe, les agriculteurs abandonnent en partie les cultures traditionnelles et les remplacent par celle du tabac, plus lucrative. Cela ne dure pas. En 1748, une redevance d’un douzième est due au seigneur pour tous les produits de culture ; la culture du tabac, au-delà de la consommation personnelle, n’a plus d’intérêt et est abandonnée.

Quelques années plus tard, la Révolution française fait disparaître toute trace des anciens seigneurs. La région est intégrée à la Belgique en 1830. Peu après 1850, un instituteur de Mouzaive, Joseph Pierret, réintroduit cette culture à Alle-sur-Semois. Il plante, à titre expérimental, un are de tabac. La récolte dépasse ses prévisions les plus optimistes : le tabac est d’un rendement exceptionnel et de grande qualité.

Joseph Pierret s’aperçoit que le tabac montre une préférence marquée à revenir toujours sur le même sol, qu’il ne s’en portait que mieux, et ce, sans pratiquer la rotation des cultures. Le tabac aime un sol alluvionnaire, légèrement acide : les terrains schisteux lui conviennent parfaitement.

En 1880, à Alle-sur-Semois, seuls 81 ares étaient plantés de tabac. Mais dès 1885, le tabac envahit la vallée de la Semois. En 1905, on dénombre 280 hectares soit 7 millions de plants de tabac ; en 1910, plus de 400 hectares soit 10 millions.

Cette région est, depuis toujours, peu prospère à cause de son sol pauvre. La culture du tabac est rentable et permet à chacun de vivre décemment. Elle remplace progressivement les métiers d’ardoisier et de cloutier, fréquents dans la région.

Le tabac de la Semois avait un parfum inégalé : c’est la région qui donne l’arôme. La profonde vallée le met à l’abri des violentes variations atmosphériques : la température du fond de vallée reste appréciable et l’humidité est importante. Les alluvions apportées par la rivière et le schiste finement délité, perméable et aéré, forment le sol idéal pour le tabac. Il est considéré comme le plus aromatique du pays, mais aussi le moins nicotineux.

Plusieurs facteurs causent progressivement le déclin du tabac dans la

vallée de la Semois :

  • Apparition du mildiou, champignon parasite, qui ravage tous les plants de cette monoculture.
  • Peu de rentabilité pour la culture du tabac.
  • Politique fiscale taxant le tabac au plant, ce qui amène les agriculteurs à choisir des variétés plus productives mais qui perdent en qualité d’arôme.
  • Arrivée massive du tabac de Virginie (Etats-Unis) aux nombreuses qualités : plus doux, plus léger, aromatisé et moins cher.
  • Consommation plus importante de la cigarette que du tabac pour pipe.

2. Culture

Le tabac est une plante fragile, beaucoup de précautions doivent être prises pour réussir sa culture. Les variétés de tabac les plus cultivées en vallée de Semois sont le « Doussaint » appelé aussi le « Petit Grammont » originaire des Flandres, le « Pays », tabac local de la Semois qui possède des accointances avec le « Kentucky » et le « Dinan », originaire d’Appelterre en Flandre orientale. Ce sont les variétés qui donnent le meilleur arôme Semois et qui sont les mieux adaptées à la région.

Les graines de tabac sont minuscules (8.000 à 10.000 pour 1 gramme). Mélangées à du terreau humide, elles sont d’abord mises à germer dans un pot placé dans un endroit chaud pendant quelques jours. Elles sont ensuite semées dans des couches dont le terreau a été préalablement désinfecté et stérilisé sur des tôles chauffées à feu vif. Les couches, espaces de terrain délimités par un encadrement en bois ou en maçonnerie, permettent de séparer le terreau des semis et la terre du champ.

Les graines germées sont semées aux environs du 19 mars, jour de la Saint-Joseph. Un dé à coudre suffira pour couvrir 4 m² de couche. Les couches sont alors recouvertes de châssis vitrés, pour les protéger du froid. Vers la mi-mai, après les saints de glace, les petits plants, hauts d’une dizaine de centimètres, sont enlevés avec précaution, pour être transplantés dans le champ, qui a été enrichi, labouré et hersé.

Le champ est quadrillé au moyen d’un grand râteau en bois et un plant est repiqué à chaque intersection des sillons. L’écartement des dents du râteau correspond à la densité voulue : on a, par hectare, 26.000 à 27.000 plants espacés de 61 à 62 cm.

Une fois les petits plants repiqués, ils exigent des soins réguliers jusqu’à leur maturité : il faut sarcler entre les plants avec une rasette, ébourgeonner les gourmands (djètons en wallon) naissant à l’aisselle des feuilles et supprimer le bourgeon floral pour arrêter la croissance. La récolte a lieu après environ 100 jours, à la maturité du tabac. Il est coupé au ras du sol, au moyen d’un fragment de faux très effilé, monté sur un manche court. Les tabacs sont étendus sur le sol où ils fanent pour ne plus être cassants. Ils sont ensuite rassemblés en petits tas et transportés sur une brouette ou un chariot vers le hangar à tabac.

Les plants entiers sont accrochés en quinconce avec des goujons (pointes sans tête) sur des bois, appelés boudriots. Ils supportaient chacun le plus souvent onze plants et mesuraient environ un mètre vingt, ce qui correspondait à la largeur d’une travée du hangar.

Les anciens hangars, aussi appelés séchoirs, étaient généralement en chêne et en sapin. Leur structure était simplement posée sur de grosses pierres enfoncées dans le sol. Ils comportaient plusieurs niveaux, eux-mêmes divisés par de longues perches reposant sur des traverses. Ces perches étaient un peu moins écartées que la longueur d’un boudriot. Le pourtour en planches espacées pouvait comporter des volets de ventilation réglables. La toiture était en ardoise ou en tôle.

Le tabac sèche dans le hangar de septembre à novembre. Une bonne ventilation est indispensable pour un séchage optimal.

Dans un passé plus lointain et pour les petites cultures privées, la récolte se faisait par feuilles, la maturité n’arrivant pas au même moment entre les feuilles basses et les feuilles hautes. Cette opération nécessitait une main d’œuvre plus importante. Les feuilles étaient enfilées sur des fils et mises à sécher, accrochées en guirlandes, aux façades des maisons. C’était aussi le cas pour les feuilles cassées lors de la récolte.

Vers novembre ou décembre, les plants de tabac sont ramenés du hangar et sont effeuillés.

Les feuilles sont réunies en manoques (marottes en wallon). Elles sont compressées dans un encadrement en bois (caisse sans fond), spécialement conçu, d’où la botte sortira solidement ficelée, c’est le bottelage. Une botte moyenne de 15 kg représente environ 200 plants de tabac. Au printemps suivant, les bottes, gardées bien au sec au grenier, sont livrées au fabricant.

Achille Welle et la société Vander Elst dont les manufactures étaient à Bruxelles ainsi que les fabricants locaux ont connu une importante notoriété dans la vallée de la Semois. Le tabac pour la pipe, vendu en cornets, était réputé dans toute la Belgique. Tous les fumeurs de pipe connaissaient « Le véritable tabac de la Semois, le Bohannais d’Achille Welle ».

Actuellement, la culture artisanale du tabac s’est modernisée. Le brûlage de la terre sur des tôles chauffées sur le feu fait place au chauffage par vapeur. L’Union Professionnelle des Planteurs de la Semois en collaboration avec l’Office Provincial Agricole de Ciney met du matériel à la disposition des planteurs et propose des conseils techniques. Les techniques modernes ont amélioré notablement le travail et adouci le labeur des hommes.

En 2011, on recense encore trois fabricants à Corbion et à Bohan. Les dernières plantations sont situées à Bohan et à Frahan.

3. Fabrication du tabac

Les bottes sont entreposées tout l’hiver chez le planteur avant d’être livrées au fabricant qui peut encore laisser mûrir le tabac dans sa manufacture.

Les bottes sont simplement ficelées et pourvues d’une étiquette de couleur précisant l’origine, l’année de culture et la qualité du tabac. Elles sont conservées dans des sacs de jute pour faciliter la manipulation.

C’est en mélangeant différents tabacs qu’on obtient les différents goûts du Semois.

Les bottes sont déliées, la qualité des feuilles vérifiée, puis elles sont mouillées pour être moins cassantes, avant d’être découpées. Il y a 2 coupes : une coupe fine pour les cigarettes et une coupe plus grosse pour la pipe. Autrefois, les planteurs et les contrebandiers disposaient chez eux d’un petit hachoir manuel, artisanal, pour découper eux-mêmes le tabac de leur propre consommation ou de la contrebande.

Une fois découpé, le tabac est séché dans le torréfacteur. Puis il est transporté dans de grands bacs ventilés pour terminer complètement le séchage.

Ce n’est qu’ensuite qu’il sera pesé et emballé en paquets de 100, 250 et 500 gr. A l’époque, il existait aussi des paquets de 1 kg. Ces derniers ont été interdits afin de ne pas inciter à la consommation.

La bandelette de taxe y est apposée, avant d’être proposé à la vente.

Dans le processus de fabrication du tabac, rien ne se perd : la poussière de tabac, récoltée au fond des bacs ventilés, est utilisée comme insecticide dans les pigeonniers mais aussi par les maraîchers, pour combattre la vermine. Les tiges des plants de tabac (keutons en wallon) sont étalées sur le terrain pour engraisser le sol.

4. Contrebande

Le mot « contrebande » est la transformation de l’expression « contre le ban ». Le ban est une sorte de décret, applicable sur un territoire précis, promulgué par un seigneur. Par extension, le ban est devenu le territoire lui-même. Pratiquer la « contrebande », c’est réaliser une activité commerciale allant contre les intérêts du seigneur. Les contrebandiers le privaient d’une certaine rente en faisant commerce de biens provenant du territoire seigneurial sans payer la redevance prévue par l’édit.

Les plantations de tabac dans la vallée de la Semois proche de la frontière française ont donné évidemment des idées à bien des gens désireux d’en tirer de solides bénéfices. En effet, de l’autre côté de la frontière, en France, on ne trouvait pas un seul plant de tabac. Cette culture était monopole d’Etat et le particulier ne pouvait en planter. C’était donc principalement le tabac qui était exporté clandestinement car les droits de sortie étaient conséquents. Les particuliers, attirés par le gain, évitaient les passages douaniers et acheminaient leur marchandise par des sentiers et passages forestiers à l’itinéraire sans cesse modifié.

perpétrer cette fraude, le planteur devait d’abord tromper le service des Accises qui contrôlait strictement les plantations. Non seulement le nombre de tabacs de chaque particulier était compté, mais, une fois mis en botte, le tabac était pesé et le poids devait correspondre assez justement avec le nombre de pieds cultivés. Il devait donc cacher une partie de ses plantations et avoir de l’imagination.

Un petit commerce, si souvent répété qu’il était conséquent à la longue, s’établit donc entre la Belgique et la France. Les Belges fournissaient du tabac, des allumettes, mais aussi du chocolat, du café, enfin tout ce qui était meilleur marché en Belgique. En échange, ils ne recevaient pas nécessairement de l’argent, les Français fournissaient du vin, de l’alcool, des parfums, de la farine… C’était souvent du troc. Ce trafic se faisait plus facilement la nuit par des gens connaissant bien la région. Cette activité n’était pas réservée aux hommes, les femmes y participaient activement dissimulant la marchandise principalement où le douanier ne pouvait honnêtement avoir accès. On les appelait les pacotilleuses. Ces dernières ne pouvaient jamais être fouillées par des douaniers. Aux postes de frontière, des visiteuses, engagées expressément, étaient payées pour effectuer les fouilles. Les douaniers dressaient aussi des chiens pour lutter efficacement contre ces délits. Les trafiquants avaient aussi les leurs. Ils les envoyaient seuls, lestés de sacs comportant la marchandise. Si les chiens des trafiquants étaient capturés, on leur coupait une patte.

Cette fraude partait de toute la région. Il y avait sur la frontière, du côté belge, des maisons, des baraques, qui convenaient magnifiquement bien à ces va-et-vient. La plupart existaient déjà avant la culture du tabac et elles étaient placées là pour les avantages que cette situation leur apportait. Il s’agissait de maisons de cultivateurs qui tenaient également un café et un commerce. Elles regorgeaient de toutes les marchandises légalement permises en Belgique. Il suffisait aux Français de venir acheter ce qu’ils voulaient à des prix intéressants. Pendant les deux grandes guerres, la contrebande a été largement pratiquée mais la plupart du temps pour des raisons de subsistance.

Que d’aventures, de courses poursuite, d’arrestations, fouilles, confiscations et condamnations ! Certains passeurs, comme Victor Droguest, sont devenus célèbres par leur dextérité à éviter la répression. C’était parfois du sport dans la forêt frontalière aux dénivelées souvent importantes. Douaniers et fraudeurs des deux pays se déplaçaient principalement à pied mais d’autres moyens étaient utilisés : vélo, barque…

Toute la frontière, principalement de Bouillon à Nafraiture, était concernée. C’est ainsi que l’on retrouvait des établissements sur toutes les anciennes communes de la région.

5. La Route du Tabac : circuit touristique

C’est en juin 2018 que Monsieur le Ministre René Collin inaugure le circuit touritique.

La création de cette Route permet de conserver et de mettre en valeur les derniers témoins de cette culture et aussi permettre aux visiteurs de prendre conscience des anciennes pratiques et de rencontrer les richesses patrimoniales et paysagères de la vallée de la Semois.

est divisée en deux boucles au départ d’Alle, berceau de la culture grâce à Joseph Pierret : une de 60km et une de 70km. Le circuit est détaillé village par village dans un topo guide en vente au prix de 2€.

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